Pourquoi les geeks et les politiciens sont-ils incapables de se comprendre ?

Aujourd’hui, je lance un appel à tous. Le 20 mars prochain, j’aurai le plaisir de participer à titre de conférencier à la cinquième édition du Web à Québec. J’y présenterai « Du #PlanQC au #bordelinformatique : pourquoi les geeks et les politiciens sont-ils incapables de se comprendre ? » C’est pourquoi j’ai besoin de votre avis pour alimenter ma réflexion.

Depuis longtemps, que ce soit avant, pendant ou après mes sept années en politique, je m’intéresse aux questions de logiciels libres, de gouvernance numérique et d’économie numérique. J’ai pu constater à plusieurs reprises que peu importe le parti politique, ce sont des dossiers qui, lorsqu’ils  avancent, ne le font qu’à pas de souris. Trop complexes ? Trop vastes ? Résistance au changement de la fonction publique ? Est-ce plutôt que les geeks sont incapables de bien expliquer ce qu’ils souhaitent réaliser ? Ou est-ce un savant mélange de tout ça ?

Et que dire du «bordel informatique» ? On voit souvent dans les médias (plus souvent qu’autrement sous la plume de Jean-Nicolas Blanchet) des histoires d’horreur de contrats gouvernementaux en informatique qui ont mal tourné et qui ont coûté trop cher.

J’avais commencé à réfléchir plus sérieusement sur le sujet l’an dernier et j’avais publié en octobre dernier dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec une lettre d’opinion: Il faut changer la culture informatique au gouvernement, à la suite de la démission du Dirigeant principal de l’information. J’ai poursuivi ma réflexion et  développé une théorie sur le sujet que je «couche sur pixel» ces jours-ci pour préparer ma conférence au WAQ.

J’aimerais donc avoir votre opinion en répondant à une ou plusieurs des questions suivantes:

  1. Pourquoi les promoteurs du logiciel libre, les tenants du gouvernement ouvert et les apôtres d’un Plan numérique n’ont-ils pas encore réussi à convaincre les politiciens et les fonctionnaires du bien-fondé de leurs propositions ?
  2. Comment faire pour qu’enfin politique et gouvernance riment avec numérique ?
  3. Qu’est-ce qui devrait être fait pour mieux faire comprendre ces enjeux complexes aux élus, à ceux qui les conseillent et aux fonctionnaires ?
  4. Quel virage le gouvernement devrait-il prendre en matière de contrats informatiques ?
  5. Que doit-on faire avec la fonction de Dirigeant principal de l’information (DPI) ?

Que vous soyez:

  1. un élu qui s’intéresse (ou non!) à ces questions
  2. un conseiller politique qui veut faire avancer ces dossiers ou qui aimerait mieux les comprendre
  3. un consultant informatique qui a eu son lot d’histoires d’horreur avec l’État
  4. un expert de l’économie numérique frustré que ça n’avance pas assez vite
  5. ou simplement un citoyen intéressé par ces questions

Je veux connaître votre avis. Vous pouvez le faire en commentaire à ce billet, sur la page Facebook de La DOSE, sur twitter, sur votre propre blogue (svp publiez le lien en commentaire) ou par courriel si vous ne souhaitez pas le faire en public (anonymat garanti!)

Merci beaucoup et je publierai un billet détaillé après ma conférence pour vous présenter les grandes lignes. Si vous voulez y assister, quelques billets sont encore disponibles pour les 3 jours du WAQ.

J’ai hâte de vous lire!

Mise à jour 28 février 11h00: Clément Laberge fait part de sa réflexion sur le sujet.

MAJ 14h10: Tout de go, Mario Asselin ajoute son grain de sel à la discussion.

MAJ 2 mars 15h37: Jean Nicolas Blanchet publie un billet «Les geeks et les politiciens»

MAJ 7 mars: Pierre Péladeau a publié «En français !»

5 Commentaires

  1. Je crois que les solutions simples peuvent résoudre les problèmes les plus complexes. Les geeks protestent, s’indignent et s’étonnent entre eux et seulement entre eux. Ils croient que la lucidité de leur message réussira à se répandre à la manière qu’un site se fera référencé par Google. Toutefois, on ne convint pas l’autre sans l’approcher respectueusement.

    Le message des geeks est souvent condescendant envers le statut quo et ses responsables.

    Pour changer les choses, il faut s’impliquer dans le système déjà en place. Il faut rencontrer les élus et les hauts fonctionnaires. En établissant des relations d’amitié et de confiance, le vrai changement sera à portée de main. Encore mieux, on peut se présenter aux élections. J’ai d’ailleurs salué la détermination de Mario Asselin et Clément Laberge quand il l’ont fait.

    J’espere que mon modeste point de vue t’aidera pour ta conférence.

    • Merci Nicolas. Ton point de vue correspond en tout point à ma perception des choses. Ça me rassure un peu de constater que cette perception est partagée par des gens à la tête d’organismes comme la VETIQ. Il y a de l’espoir!

  2. Bravo Pierre car je crois que tu cibles bien le problème qui en est un de langage. Pour ma petite expérience en consultation au gouvernement, je crois qu’une bonne partie du problème est que :
    – plusieurs dirigeants se font vendre une solution par un fournisseur (Microsoft, Oracle)
    – ils se font vendre le langage qui va avec. En transposant avec une solution libre (ou même avec le langage du web en général), ça ne correspond pas et ils concluent donc que ça ne peut pas fonctionner (ce qui est archi-faux).
    – le peu de conseillers techno (les geeks) qui ont vraiment l’écoute d’un dirigeant sont déjà vendus à une techno (encore une fois Microsoft ou Oracle) et refusent évidemment toute proposition libre parce qu’ils ne connaissent pas ça.
    Je ne veux pas faire trop simpliste, mais ça ressemble à un choc générationnel. Les baby-boomers sont encore au pouvoir et ils associent toute techno « nouvelles » aux maudits jeunes qui veulent tout changer !
    Pour plusieurs au gouvernement, PHP et WordPress sont ben cool, alors que dans le monde des startup, on a eu droit à 2 révolutions depuis : Ruby et Node.JS.
    Pour régler le problème, il faudrait selon moi avoir un jeune directeur de l’information qui n’aurait pas peur de faire table rase, de faire plus appel au développement maison en lien avec la communauté web et non pas avec un seul fournisseur.

  3. Patrice Levesque

    1 mars 2015 at 03:20

    Après plusieurs années à creuser la question moi-même, j’en viens aux constats décourageants que voici, en beaucoup trop de détail.

    1. Pas un problème seulement en politique.

    N’importe quelle entreprise de taille respectable vivra les mêmes enjeux informatiques; le changement fait peur. Prendre la responsabilité d’une migration — de Microsoft vers Apple ou d’Apple vers GNU/Linux — ça revient à se donner en cible pour tous les pépins futurs. Il faudra bousculer les habitudes de Lucille qui prend sa retraite dans un an et endurer ses doléances, ainsi que celles d’un patron pas reconnu pour sa patience. Pourquoi mettre son emploi en jeu?

    2. La médiocrité, pas un vecteur de changement.

    Bien connu, en informatique, les patentes marchent à moitié; un ordinateur plante, rien de plus normal; Apple enfonce au fond de la gorge un album de U2 à ses fidèles, toujours normal, même drôle; LinkedIn coule des centaines de milliers de mots de passe, toujours normal; le nuage Amazon tombe en panne, normal. L’état lamentable des édifices construits surtout à l’aide de logiciels propriétaires ne choque personne sauf les apôtres du logiciel libre, qui semblent proposer quelque chose de stable, qui va donc contre nature, un peu comme les fanatiques religieux qui promettent le bonheur, et gratuitement en plus : ça sent louche.

    3. Il manque d’expertise dans les médias. Gravement.

    Qui connait le tabac se rend vitement compte que les soi-disant experts des journaux, radio, télé gaspillent leur tribune à lancer des discours de vendeurs de magasin. Nouveau iPad, Windows 10, nouveau jeu, nouvelle console, ça on va en jaser abondamment; les enjeux de surveillance, de liberté, de vie privée, d’intéropérabilité, ça, huh, faudrait pas sortir du mandat de divertissement que nous donne notre employeur. Qui prêche le bien-fondé des formats ouverts part essentiellement de zéro, en soulevant des problématiques qui donnent à quiconque veut se laisser convaincre l’impression que leur interlocuteur vit une crise paranoïaque de conspiration. Pour le peu de couverture offert à Snowden, quel maigre pourcentage de journalistes a creusé les questions fondamentales? on était trop occupés semble-t-il à juger si Snowden avait commis un acte de traitrise et à comparer les systèmes judiciaires de part et d’autre du rideau de fer. À cause du faible niveau de culture populaire informatique, tous ces chefs d’entreprise et ministres, s’il doivent prendre une décision importante, s’en remettent donc à leur entourage et aux publicités; on s’assure dans le monde du logiciel propriétaire que le message passe bien.

    4. Il manque d’expertise interne. Plus gravement encore.

    L’informatique a explosé de manière violente lors des trente dernières années, et malheureusement l’espèce humaine ne compte pas encore assez de talent pour fournir un support adéquat; beaucoup d’incompétence s’est immiscée dans les rangs. Un peu comme si soudainement chaque humain détenait trois guitares et se mettait à en jouer régulièrement — un univers de mauvais luthiers s’ouvrirait à nous. Bien souvent les mauvaises décisions ne sont pas prises par malice mais par ignorance, manque de recul, de culture, d’intérêt pour la question. On y va comme on le sent, sans plus, trop souvent. Et voilà comment ça se passe dans la plupart des organisations.

    5. Software as a Service.

    De plus en plus, les corporations telles que Google, Apple, Microsoft s’immiscent entre les utilisateurs et leurs données, avec leurs logiciels en ligne, et grâce à des machines de marketing formidables, laissent croire qu’il s’agit d’un progrès fulgurant. D’une part, tout à fait vrai, puisque la disponibilité des documents d’à partir du bureau, de la maison, du téléphone intelligent est grandement facilitée; d’une autre part, quel affront au secret professionnel, à la vie privée et à l’interopérabilité. La prochaine migration ne passera pas le gouvernement d’une plateforme logicielle à une autre, mais bien d’une plateforme logicielle vers les affres du « nuage ». Les questions de logiciels libres sont alors évincées; il n’existe qu’une offre libre bien maigre pour ce genre de Software as a Service. Et une fois entré dans ce monde, on n’en sort que très difficilement; avez-vous déjà considéré extraire tous les contenus que vous avez postés sur Facebook? Ils ne vous rendront pas la tâche facile, pas plus que les autres logiciels en ligne.

    6. La maudite convivialité

    Le nivellement systématique par le bas des produits informatiques entraîne une prise de décision fondée sur la convivialité, pas sur des principes ni sur l’habilitation des utilisateurs. Un peu comme une culture qui encouragerait l’industrie du fast food parce que cuisiner, ben c’plus compliqué et tout va tellement vite aujourd’hui. Non, tout le monde ne deviendra pas programmeur, comme tout le monde ne devient pas chef cuisinier. Doit-on pour autant se construire un monde d’utilisateurs passifs qui laissent entre les mains de quelques corporations leur destin numérique?

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