Alain Bergeron

Alain Bergeron, édimestre de LBR.ca

La nouvelle m’est tombée dessus comme une tonne de briques aujourd’hui : LBR.ca – Le cyberjournal du Saguenay–Lac-Saint-Jean fermera ses portes sous peu. Alain Bergeron, son fondateur/éditeur/édimestre, qui tenait à lui seul – et à bout de bras – le flambeau du journal depuis 1996, a décidé de prendre sa retraite et fermera boutique sous peu.

Si vous n’êtes pas originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, il est possible que vous n’ayez pas entendu parler de ce journal. Par contre, si vous êtes un bleuet vivant dans la région ou ailleurs dans le monde, LBR.ca a probablement fait partie de vos sources d’informations pour savoir ce qui se passe dans notre coin de pays. Les chances sont fortes que vous ayez fait partie des abonnés de son infolettre hebdomadaire. Et si vous avez travaillé dans le domaine des communications de la région, alors il va de soi que Le Bulletin Régional est un incontournable de votre liste de presse.

LBR est (je n’arrive pas à croire que je devrai bientôt utiliser l’imparfait pour en parler !) un média qui donne une place prépondérante à l’information produite par les individus et les organisations, mais où on peut aussi lire des éditoriaux, des chroniques, de l’analyse et des nouvelles. La philosophie d’Alain Bergeron repose sur les deux grands thèmes qui lui sont chers : démocratie et participation. Alain a cru au départ qu’il était utile de permettre aux citoyens d’avoir accès à l’information produite sans filtre et offrir un porte-voix à tous les courants de pensée qui souhaitaient contribuer au débat public. Le départ de cette tribune va créer un vide. Même si nous sommes à l’ère où tout un chacun peut faire entendre son opinion en deux phrases sur les réseaux sociaux, écrire un texte pour un média comme LBR demande de prendre le temps de réfléchir et d’approfondir sa pensée avant d’envoyer le texte en espérant que l’éditeur choisira de le publier.

Du canal #alma jusqu’à « l’empire LBR »

mIRC

J’ai connu Alain Bergeron au milieu des années 1990. Le jeune nerd geek que j’étais (je devais avoir 14 ou 15 ans) arpentait les balbutiements de l’Internet grand public au Québec. Tout naturellement, j’ai découvert le clavardage sur Undernet grâce au fidèle logiciel mIRC. Je suis atterri sur le canal #alma dont l’« op » était le tout puissant « Yedi », alter ego virtuel d’Alain. Après un certain temps, un GT (« get together », rencontre sociale « en vrai ») avait été organisé au légendaire Restaurant-bar Mario Tremblay.

Le livre d'or du premier GT du canal #alma !

Le livre d’or du premier GT du canal #alma !

J’y avais alors fait la connaissance d’Alain et de plusieurs personnes qui par la suite ont occupé une place dans ma vie professionnelle. Je le réalise aujourd’hui en retrouvant dans mes boîtes le livre d’or que les personnes présentes avaient signé. J’y vois Gilles Boily et Guillaume Dallaire, qui ont été mes patrons chez Digicom, un fournisseur Internet local, Stéphane Lajoie, qui partageait les mêmes bureaux avec son entreprise Agricom et René Bouchard, avec qui j’ai fait équipe plus tard chez Comunimage.net, une agence de communication almatoise.

C’est d’ailleurs alors que j’étais chez Comunimage.net que j’ai retrouvé Alain et qu’il est devenu un ami. Le Bulletin régional d’alors avait besoin d’un vent de fraîcheur et notre équipe avait fait un partenariat avec Alain pour procéder à la refonte en profondeur de l’interface du site (il y a eu une autre refonte depuis). C’est à cette époque que Le Bulletin régional, qui avait pignon sur Web sur la très longue adresse www.lebulletinregional.com, est devenu LBR.ca (d’ailleurs, il nous avait fallu quelques séances de discussion avec Alain pour le convaincre de changer le nom de son bébé ! 😉 )

C’est aussi à cette époque qu’Alain m’a fait confiance pour faire la couverture des activités des Saguenéens de Chicoutimi, au grand plaisir du passionné de hockey que je suis. J’ai dû mettre fin à cette collaboration après 2 ans, lorsque je suis passé au monde de la politique, mais j’en garde des souvenirs impérissables (et des entrevues mémorables avec Richard Martel…)

Bâtisseur d’un patrimoine numérique régional

Mari comblé d’une épouse charmante et fier père de trois enfants, dont deux œuvrent dans le monde de l’éducation et une a suivi ses traces dans le monde des médias (on peut d’ailleurs retrouver dans les archives quelques articles qu’elle a écrits pour Le Bulletin régional à la fin des années 1990), Alain est un pur régionaliste et démocrate qui croit en la nécessité d’une information régionale et diversifiée. Et il ne se gêne pas pour nous le rappeler ! Il fut un pionnier des médias régionaux sur le Web (1996!!!) et a réussi à en faire une entreprise pendant 18 ans.

Les archives en ligne de LBR sont un véritable patrimoine numérique de l’actualité régionale des dernières années. À l’instar des archives des journaux écrits qui ont été conservées sur microfilms, il faut trouver le moyen de conserver les médias 100 % numériques qui mettent fin à leurs activités. Est-ce que ça devrait se faire par le biais d’organismes comme Bibliothèque et Archives nationales du Québec ? D’une Société d’histoire ? De citoyens ou d’entreprises qui conserveraient le site en activité même s’il n’est plus mis à jour ? Je lance la réflexion. Chose certaine, il faut préserver l’immense quantité d’informations qui constitue l’héritage numérique d’Alain Bergeron et de LBR.

Merci pour ces 18 années, Alain, et bonne retraite auprès des tiens.
Merci pour ton amitié, pour ton professionnalisme et surtout, pour ta passion.